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Directissime des potes en face Nord de la Meije, une belle répétition avec les copains

Le créneau pour le weekend est au top, les copains sont motivés, les conditions dans les massifs alpins sont bonnes, cela nous mène à une analyse de la situation, autrement dit 3X3, plutôt réussite. Le choix sera vite fait pour trouver le lieu, entre s’entasser derrière plusieurs cordées sur Chamonix ou aller répéter une voie sauvage en plein Oisans, à la Reine Meije. Le choix semble vite s’imposer. Direction les Ecrins sans hésiter.

C’est armé de deux copains de promo, Damien et Nasser que l’on s’aventure dans cette belle face nord. Une paroi haute de 900m qui regorge d’itinéraires tous différents les uns des autres. Une voie me fait de l’oeil depuis quelques temps, avec Nasser on pense à la même, tant mieux. On motive Damien pour le projet et c’est parti. Direction la « Directissime des Potes », une voie variée ouverte par  C. Copier et T. Clarasso pour le premier quart en été 1997 puis B. Gravier, C. Copier et J.-F. Étienne en janvier et juin 2005. Un article de Montagne Magazine dévoile la voie comme ça. « La Directissime des potes, c’est un peu le grand alpinisme décomplexé. Entouré de ses potes justement, Cyrille Copier est l’instigateur de cette directissime qu’il ouvre en trois temps. Dans cette histoire, il est surtout question de s’amuser. « C’est avant tout une histoire de copains, sans pression ni même de grande éthique : lors du deuxième temps, nous avons repris là où nous nous étions arrêtés à mi-paroi, en accédant par la voie normale et la brèche du glacier Carré », confie-t-il. Cela n’empêche pas l’alpiniste de faire preuve d’une volonté de fer et du plus grand sérieux dans cette face nord qui en impose : « Quand tu te lances là-dedans, tu y vas pour sortir. » À l’été 2005, les trois compères achèvent la directissime par un final rocheux digne d’une cerise glacée sur le gâteau. Le fameux grand triangle jaune sommital ne se laisse dompter qu’au prix d’une escalade libre jusqu’au 7a obligatoire, évaluée à 7c en libre. Tout cela fait dire à Cyrille qu’il s’agit ici « de l’une des plus dures, des plus longues et des plus complètes des voies de la face nord ». Une voie qui reste à répéter et à enchaîner. Avis aux (forts) amateurs, il sera délicat d’optimiser les conditions sur tout l’itinéraire : neigeux en bas et sec en haut.« 

Les voyants sont tous au vert, on se jette dans la benne de la Grave à 9h. Quel plaisir de ne pas faire la queue comme à Chamonix. La vue depuis les Enfetchores sur la face nord nous plonge instantanément dans l’ambiance. On fait le plein de soleil sur l’approche car on ne le reverra que le lendemain. Au pied de l’itinéraire, on devine rapidement le cheminement que l’on va devoir suivre. Les informations sur la voie sont difficile à trouver, il n’y a eu que 2 répétitions depuis l’ouverture. Merci encore à Benji Védrines pour le topo et les infos ainsi qu’à Mathieu Détrie pour les infos.

La rimaye se passe facilement, on trouve du premier coup le piton salvateur marquant le début de l’itinéraire. C’est parti pour le socle délicat, je prends le lead sur cette partie, 200m de grimpe facile (4+max) mais en caillou délicat, c’est vite avalé. On a pas trop envie de trainer là dedans avec les copains. On vient rejoindre un bel éperon en rocher plus sain, 100m de grimpe en 5+ nous mène sur une zone un peu mixte. Les conditions du moment nous ont permis d’esquiver les zones en neige ou glace, on reste sur du caillou sec. On trouve toujours un cheminement nous permettant de rester en grosses. On fait quelques mètres dans cette zone mixte et nous arrivons au pied des premières longueurs raide d’escalade. La vire confortable nous permet de troquer grosses contre chaussons. Damien prend le lead pour les 3 longueurs d’escalade. C’est raide, on prend vite de la hauteur dans la face. Les longueurs s’enchainent bien, Damien, en fort grimpeur court devant, et nous avec Nasser, on suit avec les sacs de bivouac. 3 belles longueurs (6b+/6a/6b) en bon rocher nous déposent à quelques encablures du Z. Nasser passe devant pour affronter une zone un peu scabreuse qui nous permet de récupérer le Z tant bien que mal. C’est parti pour 150m de neige correct mais bien exposé aux chutes de pierre, on essaie de passer le moins de temps possible ici. Il est 16h30/17h et le haut de la face commence à voir le soleil. Je reprends le lead dans la partie haute du Z, armé de deux piolets, je me mets un coup d’accélérateur en corde tendue pour ne pas rester exposer trop longtemps dans ce couloir qui sent la morgue. L’heure avance et on ne voit toujours pas de vire accueillante pour terrasser un bivouac. Je décide d’avancer et pense pouvoir trouver une vire plus haut à chaque replat. Mais malheureusement aucune vire s’offre à nous. Je continue par une longueur de mixte bien délicate pour venir buter sous le triangle sommital. On terrassera tant bien que mal 3 petits emplacements pour se tenir assis pour passer la nuit. Un bivouac pas des plus conforts mais après coup c’était dément de dormir suspendu en pleine face nord de la Meije.

Le lendemain, réveil et préparation sont toujours compliqué quand on bivouaque, on rêve plutôt de notre lit bien douillet. C’est reparti pour les longueurs de varappe (6a+/b, 4+, 6a+). Une dernière longueur en rocher médiocre (5) nous mène sur la vire sommitale. Nasser expédie ça rapidement et laisse la place à Damien. C’est parti pour le crux de la voie, un 7c de 30m bien dévers avec quelques pas obligatoires. Damien part bien énervé. Il a un sac très léger. Il avance plutôt bien, et randonne aisément la première partie en 7a+. Puis il continue sa progression passant les différents crux, clippe le dernier spit, mais l’onglet semble le rattraper. Il abdique à 2m du relais. Un superbe fight à voir, dommage. Avec Nasser et moi derrière, chargé comme des mules, on enchaine le début puis s’en suit une belle séance d’artif plein gaz à 3900m. Damien continue dans un dernier 6a pas si évident et surtout pas très protégeable. Il rejoint le soleil en premier et pousse un bon cri de joie. On le rejoint quelques minutes après, bien content de cette belle voie. Il est 12h30, on en profite pour casser la croûte avant de repartir en direction du refuge de l’Aigle par les classiques arêtes de la Meije qui seront vite avalées.

Une superbe aventure, une belle ambiance, une vraie voie made in Oisans Sauvage, merci les gars. Avis aux prochains répétiteurs…

Une petite pensée émue pour Max Bonniot, « défourrailleur » de voies bien sauvage qui avait fait la première répétition de cet itinéraire avec Mathieu Détrie.

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